La rencontre avec votre livre
Probablement inspirée par l’apparition des chapeaux, citrouilles, baguettes et autres accessoires d’Halloween dans nos magasins – même la plus improbable superette de quartier, j’ai envie de partager avec vous ce moment particulier du processus d’un projet de livre, la scène de rencontre entre vous et votre livre.
Marcher pour écrire
J’aime marcher.
Je marche souvent car le lieu où j’accueille mes clients est à trente minutes à pied de chez moi.
C’est agréable quand il ne pleut pas, que le moteur à histoires est allumé et que la marche accélère les idées.
Je réfléchis à un scénario dont les scènes se tournent dans ma tête, pendant que je regarde si c’est vert et si je peux traverser – j’aimerais quand même arriver chez moi.
Puis il arrive toujours un moment, quand il y a suffisamment d’images, où j’entends distinctement une voix off prononcer la première phrase du livre à venir.
Par exemple, ça m’est arrivé pas plus tard qu’hier :
« Il faut vraiment que ça ait l’air d’un accident ».
Cette voix dans ma tête, c’est l’abracadabra de mon projet de livre, le moment à partir duquel mon intention se concrétise soudain dans une situation concrète, une scène initiale.
Une porte qui s’ouvre, sur l’escalier du texte.
Cela peut être aussi le début d’une idée, d’une argumentation, d’un témoignage.
« Il existe mille et une manières de se perdre. Mon père en a expérimenté quelques unes. »
Ou » Le conflit est un « accident » du travail. Un accident de la relation à soi, à l’autre, à ce que l’on fabrique ensemble »
Ne vous méprenez pas. Ce ne sera peut-être pas la phrase qui sera en premier, quand l’histoire ou l’essai seront totalement écrits. Mais c’est l’épicentre du processus, à partir duquel se déploient des hypothèses.
Puis chaque jour qui passe en amènent de nouvelles.
Nouveaux personnages.
Nouvelle organisation du récit.
Nouveaux angles d’attaques, s’il s’agit d’un essai.
Nouveaux modes de narration.
« Il faut vraiment que ça ait l’air d’un accident ».
Et si cette phrase ouvrait en fait l’avant-dernier chapitre de l’histoire, chapitre résolutoire, et si on entendait auparavant les autres protagonistes parler du personnage qui prononce cette phrase ?
Et si ce personnage parlait en dernier ?
Et si…

L’abracadabra
L’abracadabra est propre à chacun.
Moi, j’entends une voix; pour vous, ce sera peut être une couleur, une musique, un dessin, un mot clé…
Mais après l’abracadabra, une fois que la porte s’ouvre sur l’escalier du texte, n’oubliez pas d’expérimenter aussi les outils de l’écriture, d’identifier leurs impacts, leurs effets.
Personnages, point de vue, temporalité, lieux…
Tonalité, longueur des phrases, métaphores, enchaînement des idées…
L’écriture est un artisanat, fait parfois de fulgurances, mais aussi de longues heures de polissage.
Je vous souhaite de magnifiques abracadabras !
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Si vous me découvrez ici : je suis Sylvie Gier, coach littéraire et artiste-auteure, fondatrice de Pulpe – le meilleur des mots.
J’accompagne les auteurs à clarifier et structurer leurs projets d’écriture.