Écrire avec l’IA
L’intelligence artificielle a beaucoup d’intérêt dans certains domaines, c’est indéniable.
Elle permet d’exécuter en moins de temps des tâches répétitives, de prendre des décisions plus judicieuses, de calculer des trajectoires complexes, d’ajuster des gestes chirurgicaux.
Les applications sont multiples.
Écrire des livres grâce à l’intelligence artificielle semble être le nouveau frisson du moment. Les vidéos et tutos pullulent pour expliquer comment gagner de l’argent en écrivant des livres avec les IA.
J’ai moi-même été récemment approchée par une entreprise qui propose des formations à ChatGPT pour écrire son livre, et qui souhaitait un échange de services.
Basculer
L’étrangeté de la démarche m’a fait froid dans le dos : demander à un coach littéraire de promouvoir un outil qui tend à déléguer la création d’un livre à une IA…Cela signifie, pour moi, qu’un certain palier sociétal a été franchi.
Si ce modèle peut avoir du sens pour des livres pratiques ou des manuels de vulgarisation de premier niveau, j’ai du mal à l’envisager pour les autres champs de l’écriture : la fiction, la poésie, le témoignage, les sciences humaines, la recherche scientifique ou historique.
Deux modèles d’écriture
Ce qui se profile serait donc une production à deux vitesses, un peu comme l’agriculture intensive et le bio.
D’un côté, la prolifération de livres à faible coût, sans enjeu réel pour leurs « auteurs », si ce n’est de faire de l’argent sur le volume de ventes.
Sans enjeu réel non plus pour leurs lecteurs, à l’image de ces objets ou vêtements achetés parce qu’ils sont bon marché, parce qu’ils semblent répondre à un besoin que le marketing a fabriqué de toutes pièces.
Avec, à terme, l’empilement d’ouvrages constitués à partir de prompts issus d’autres livres, eux-mêmes constitués à partir de prompts, et ainsi de suite, à l’infini.
Jusqu’à constituer des bibliothèques de livres vides, appauvris, sans nutriments essentiels.
Voire toxiques, car propageant potentiellement, par simple recopie, des erreurs à l’infini.
De l’autre côté, une production « artisanale », à l’ancienne.
Une écriture qui suppose une intention profonde chez l’auteur, et une résonance chez le lecteur.
Mais une écriture plus coûteuse : du temps, du vécu, des recherches, des doutes, des tentatives, des recommencements.
Et donc, peu « rentable ».
Jusqu’à quand cette production artisanale résistera-t-elle ?

Un choix à défendre
La question va-t-elle devenir :
« Qu’est-ce que je lis là, exactement ? Qu’est-ce qu’il y a vraiment dans ce livre ? Quelle est sa composition ? »
Les libraires devront-ils indiquer le nutriscore du livre, apposer des stickers « garanti sans ChatGPT » ?
Déléguer, il y a des domaines où c’est nécessaire, utile. Mais pas là.
Écrire, c’est parfois fulgurant, mais c’est souvent long et complexe.
Alors écrivons moins. Prenons notre temps.
La pensée respire à son rythme.
Laissons nos mouvements intérieurs remuer, tourner, émerger en publication — ou rester en nous pour une autre éclosion, plus tard.
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Si vous me découvrez ici : je suis Sylvie Gier, coach littéraire et artiste-auteure, fondatrice de Pulpe – le meilleur des mots.
J’accompagne les auteurs à clarifier et structurer leurs projets d’écriture.